Engagement

Lorsque j’ai compris que j’avais été victime d’inceste, j’avais tout juste 18 ans. Cette compréhension m’a explosée au visage. J’étais comme tétanisée. Mon entrée à la faculté de droit et mon premier amour naissant n’ont fait qu’accentuer mon mal-être. Qu’allais-je devenir. Il m’a fallu beaucoup de forces pour engager une thérapie, déposer plainte. Et quand la décision du juge d’instruction est tombée : le non-lieu, et bien c’est mon corps qui a lâché. Et ma thyroïde qui a trinqué. Ma colère m’a amené à chercher des ressources, des ressources que je ne connaissais pas et c’est ainsi que j’ai poussé les portes du Collectif féministe contre le Viol. Bien-sur côté procédure c’était trop tard. J’avais quand même réussi à faire appel mais le non-lieu y a été confirmé. Il me fallait “déposer” l’enclume comme le proposait mon avocate. Oui, mais où ? Et que devais-je comprendre à tout ceci ?

Mon appel au 0.800.05.95.95, la permanence Viols Femmes Informations a été une révélation. Et je me suis engagée quelques mois plus tard en tant que bénévole. J’y suis toujours bénévole. Je m’y suis formée. J’ai été écoutante salariée. Maintenant je siège au conseil d’administration.

10 ans plus tard, cela n’était toujours pas suffisant pour moi et je ne trouvais pas mes réponses suffisantes. Mon désir d’avoir un enfant faisait remonter en moi de la colère. Pourquoi n’avais-je pas été entendue par mes parents alors qu’ils étaient si bienveillants ? Pourquoi aucun adulte n’avait vu ma tristesse qui était pourtant bien présente ? Pourquoi étais-je passée à travers tout le monde et que personne n’avait vu les violences répétées que je subissais.

Enceinte de mon petit garçon, il n’est pas question qu’il vive ce que j’ai vécu. Il faut que j’aille plus loin. Et je dessine Didi. J’ai besoin d’être aidée dans ma parentalité. Je dois trouver le moyen de transmettre des messages de prévention adaptés. Des messages qui ne font pas peurs, des messages qui donnent confiance et qui soutiennent. C’est mon crayon à papier et mon crayon de couleur vert qui m’apportent la réponse. Nait ainsi Didi et son message clé : “Ton corps est précieux”.

Quelques jours plus tard, naîtra avec Didi, une famille d’idées : Les Humanitous. Ils sont là pour m’aider à transmettre les valeurs qui me sont les plus chères, transmettre le meilleur de ce que l’on peut transmettre à enfant. A ce moment là, je n’en fais qu’un tableau. Et je m’active à faire vivre Didi. Mais ils arrivent bientôt ^^

A la naissance de mon fils, Didi devient un site internet en prévention des violences sexuelles car à cette époque, sur internet, il n’y a rien. Aucun outil mis à la disposition des parents. Comment peuvent-ils faire ? Comment trouver de l’information sur ce sujet, une information claire, une information juridique, une information prévenante. Depuis j’investis mes économies pour faire vivre Didi. Le site internet est devenu une boîte à outils de prévention que j’alimente régulièrement. J’ai créé le livre de Didi, le doudou Didi, le coussin Didi, le Corps-Trésor et la Chanson de Didi. En 2020, le site est devenu une Association dont je suis la Porte-parole et qui regroupe un ensemble d’outils dont on peut se saisir gratuitement. Depuis 2019 a lieu chaque année le Didi Marathon Prévention des violences sexuelles avec des interviews thématiques que l’on retrouve sur la chaîne YouTube de Didi. Le thème des interviews 2021 est le classement sans suite.

Voici tout mon engagement pour que les enfants connaissent un monde plus protecteur et soutenant. Dans ma vie professionnelle, j’ai toujours eu aussi à coeur de partager des outils avec mes collègues et les enfants que j’ai accompagnés. Ma vie familiale est ma source d’inspiration ainsi que ma foi en avenir bon et joyeux. Je pense que ma vie durant cela va continuer ainsi. Merci de soutenir Didi et les Humanitous.