Comme la baleine, déploie tes ailes.

Ce que m’a appris la thérapie psycho-corporelle et chaque fois que j’ai refait les exercices avec mes clients, je l’ai ressenti aussi, c’est que je suis vivante. Là, à l’intérieur. Et que, ce que je ressens, a vraiment de la valeur. Que je suis capable de me protéger, de me respecter.

Je me souviens de cette phrase d’une de mes clientes qui me disait “je suis morte à l’intérieur”. Je me souviens de son regard, de son souffle, du froissement de ses lèvres, de la tension dans son corps, d’une forme de dissociation naissante en elle juste après qu’elle m’ait dite cette phrase.

Et pourtant, elle était bien vivante devant moi. Elle était là. Elle me parlait. Elle respirait. Elle agitait ses bras. Elle entendait mes mots. Elle percevait mon visage, la lumière de la pièce. Elle était vivante. Elle était vivante mais morte à l’intérieur.

On peut le dire comme cela vient. Je pense qu’elle était en effet morte, quelque part à l’intérieur d’elle-même, et en même temps, tout était encore possible puisque son corps et son coeur étaient bien vivants.

En tant qu’amie, j’aurais aimé lui dire au combien je la comprenais. En tant que mère, j’aurais aimé choyer cette part morte à l’intérieur. En tant que thérapeute, je lui ai appris à ressentir toutes les autres parties d’elle-même qui étaient vivantes. Ces parts de son corps qui étaient encore animées. Ces parts de son corps pleines de vitalité.

Il y a cette phrase qui me vient tout à coup aux oreilles “tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort”. Oui, et en même temps, il est fort probable qu’une partie de toi soit bien morte. Une partie que tu mets de côté. Une partie que tu ne veux plus regarder, ressentir car c’est insupportable ou tout simplement parce que tu ne ressens plus rien.

Sache que cette partie ne va pas emmener les autres, que tu ne vas pas mourir en toutes tes parts car “juste” celle-là est morte et n’a pas pu survivre. Les idées suicidaires viennent souvent de cette part meurtrie en nous. Elles nous assaillent comme pour nous rappeler l’intensité de notre blessure. Pour nous montrer qu’elle n’est pas cicatrisée. Le RUD, risque, urgence, danger, l’évaluation du risque suicidaire dans ce cas, joue un rôle important. Les thérapeutes doivent connaître cet outil d’évaluation pour aider leurs clients. Je l’enseigne pour que personne ne passe à côté. Je l’utiliserai toujours pour aider à ne pas chavirer.

Car la première conséquence des violences sexuelles et d’un vécu traumatique est l’envie de mourir.

Alors, je vais vous l’écrire ici en plus de toutes les fois où je l’ai dit. Si tu n’es pas mort.e, félicite toi ! Tu survis et tu vis ! Tu échappes à la première des conséquences psychotraumatiques qui se profile après avoir vécu un viol ou de l’inceste. Et, tu t’en sors bien ! Et, tu vas aller de mieux en mieux. Bien-sûr, il y aura des hauts et des bas et pendant tes bas, tu ressentiras plus ta blessure de l’intime. Mais tu vas avancer. Tu vas continuer de ressentir en ton corps toutes les autres parties qui vivent. Et, progressivement, doucement, tu vas réveiller ton tigre. Réveiller le tigre, est le nom de l’ouvrage de Peter Levine que je trouve non seulement génial mais plus encore fondamental.

Peter nous dit ” Pour chacun de nous, la maîtrise du traumatisme est un voyage héroïque qui aura ses moments de brillance créative, d’apprentissage intense, et ses périodes de travail rude et fastidieux. Il nous faut découvrir un chemin sûr et doux pour sortir du figement sans être à nouveau débordés.”

Tu es capable de cela. Tu es capable de ce chemin. Tu en as toutes les capacités à l’intérieur de toi. N’en doute pas. Nous sommes nombreux et nombreuses à l’avoir fait. Tu réussiras aussi.