“je me guéris grâce à la formation”.

Depuis que j’ai créé la formation Accompagner les blessures de l’intime, j’entends souvent cette phrase de mes stagiaires “je me guéris grâce à la formation”.

Ceci m’encourage à la maintenir, à la perfectionner. J’entends que la formation est dense, qu’on sent que j’ai été enseignante chercheuse. On me dit qu’elle donne des clés essentielles pour comprendre, s’apaiser, être en compassion avec soi-même.

Mes stagiaires m’aident chaque fois à avancer un peu plus dans cette démarche de formation et je les remercie. Cette posture de formatrice génère pourtant en moi beaucoup de doutes. Est-ce que je fais bien ? Est-ce compréhensible ? Les contenus sont-ils suffisamment détaillés ? précis ? clairs ? Autant de questions indispensables selon moi pour donner une vraie qualité à cette formation. Car derrière, l’objectif que je me suis fixée est de permettre à des personnes en reconversion ou déjà installées en libéral de devenir thérapeute spécialisés dans les traumatismes de l’intime et d’aider à leur tour sur ce sujet.

On dit qu’il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir être thérapeute, d’écouter et d’accueillir la souffrance des autres. Je crois qu’il est donné à tout le monde de pouvoir le faire si tant est qu’on l’a fait pour soi-même, face à soi-même. S’autoriser à être bienveillant envers soi-même, se choisir, enfin, s’écouter, écouter la petite voix de son coeur, se faire confiance, se donner une vraie valeur, faire des choix pour soi, oser appliquer la maxime ” charité bien ordonnée commence par soi-même”, ne plus être dans la pitié mais rester dans la compassion, dire non, dire stop, dire “tu n’avais pas le droit, c’est interdit”, s’offrir une couverture de guérison et s’enrouler vraiment dedans, s’offrir un bon petit plat rien que pour soi, se faire aider, accepter d’aller consulter une psychologue, un médecin, pousser la porte d’un hôpital, reconnaître qu’on s’est trompé, qu’on s’est menti à soi-même, regarder le fait qu’on y arrive pas et qu’il va falloir changer de conduite, se donner une nouvelle ligne, dire pardon, se pardonner.

C’est aussi cela que permet cette formation et je me rends compte chaque fois que je la mets à jour, combien certes nous sommes traumatisé.es mais ô combien nous avons les ressources pour surmonter. Il ne s’agit plus d’espoir mais de persévérance.

Il y a deux jours, je suis allée aider à préparer une jeune femme à son audition devant la CNDA, la cour pour obtenir le droit d’asile. Je n’étais pas seule à faire cela. Quatre autres bénévoles étaient là pour elle. Et, puis, après cela, ils m’ont demandé ce que j’allais faire, si j’allais continuer ce que je sais faire, accompagner les traumas. J’ai expliqué que je ne pouvais plus me mentir sur la dimension médiumnique et spirituelle que je vivais. J’ai raconté. Et, j’ai été accueillie avec beaucoup de compassion. Une des bénévoles m’a dit “ça n’est pas incompatible, la médiumnité et accompagner les traumas”. On m’a dit aussi “ce serait égoïste de ne pas continuer car je sais je le faire”.

Non seulement ces phrases m’ont beaucoup touchées mais en plus elle m’ont beaucoup fait réfléchir et continue de me faire réfléchir. Et puis, il y a eu l’interview d’Anne Deligné par Lilou Macé. Je possède depuis plusieurs mois l’ouvrage de Mme Deligné sur l’emprise des âmes aux éditions Exergue. Je l’ai acheté quand je cherchais des solutions face à certaines clientes dont l’état dissociatif pouvait les emporter très loin, trop loin. Dans l’avant-propos de son livre, Mme Deligné écrit “un jour où je rédigeais ce livre à Auroville, près de Pondichéry en Inde, un ami me demandat quel en était le sujet. D’emblée, un peu hésitante, je lui répondis : “j’écris sur les âmes”. Sa réaction fut immédiate : “ah! c’est de la fiction!” Je suis d’abord restée très perplexe et lui ai vaguement souri pour lui expliquer qu’il avait peut-être raison. Quelques mois plus tard, en Europe, je déjeunais avec une personnalité du monde scientifique, qui me questionna également sur le sujet de mon livre : “j’écris sur les âmes”. Sa réponse fuse : “ah! vous êtes catholique ! Oh pensai-je, voilà un bel amalgame… “parce que seuls les catholiques ont une âme ?” lui dis-je. Avais-je jamais imaginé ce que les gens pourraient penser d’un tel sujet, les “âmes”? Chacun y va de sa propre histoire. Pour les uns, ce sera “mais elle joue avec les démons!” pour d’autres : “seuls les prêtres savent ce qui se passe avec les âmes” d’aucuns pensent : “les âmes n’existent pas!”, “c’est un roman-fiction”, “les fantomes je n’y crois pas!”, “les âmes n’existent pas, la science ne l’a jamais prouvé”. Ou encore : “enfin, quelqu’un qui parle, des âmes !”, “ah ! Le livre que je cherche depuis longtemps !”, “elle a osé”, “il est temps d’aborder enfin le sujet des âmes” ou “qu’allons-nous apprendre enfin sur ce mystère?

Ce à quoi Mme Deligné rétorque : “sachons écouter, lire et entendre certains propos : “c’était plus fort que moi”, “je ne sais pas ce qui m’a pris, c’est comme si quelqu’un d’autre me forçait”, “depuis mon opération, j’ai changé de goût”, “depuis la mort de mon oncle, je me sens comme lui” etc… Mme Deligné pratique ce qu’elle nomme et a appris de Mme Edith Fiore, docteur en psychologie clinique, le dégagement spirituel. Et, dans son interview pour présenter son dernier livre, elle explique que les traumatismes et la spiritualité sont intrinsèquement liés.

Le témoignage de M Stéphane Allix, journaliste et expérimentateur de la médiumnité, qui dans le cadre d’une thérapie alternative a fait une sortie d’amnésie traumatique et a recouvré la mémoire des violences sexuelles qu’il avait subit, le témoignage de Mme Agnès Stevenin devenue guérisseuse et auteure de l’ouvrage Splendeur des âmes blessées qui nous explique qu’elle a perdu ses capacités à la suite d’une agression sexuelle dans sa toute petite enfance, l’ouvrage de Mme Sandra Ingerman Recouvrer son âme et guérir son moi fragmenté qui traite du recouvrement d’âme en chamanisme pour les victimes de violences sexuelles et ne parle principalement que des traumatismes de l’intime, l’ouvrage de M Dominique Camus ethnologue et sociologue, docteur en sciences sociales, Enquête sur les Hommes du Don, le Don de vie qui nous raconte comment une guérisseuse de campagne a aidé une jeune femme qui a été violée, tous ces témoignages montrent à quel point ce que Peter Levine, médecin psychiatre spécialiste du TSPT trouble de stress post traumatique et créateur de la méthode Somatic Experiencing énonce dans son ouvrage Mémoire et Trauma : les traumatismes sont une expérience spirituelle.

Alors, en fin de compte, je ne suis pas étonnée de ce qui m’arrive et je dirais même que cela me semble tout à fait “normal”. J’aimerais par ces mots vous dire, pour tous les yeux qui se poseront jusqu’ici, que vous n’êtes pas seul.e à vivre cela. Que oui, vous sentez réellement la présence de votre grand-mère ou grand-père, ou père ou mère près de vous, que oui, vous avez reçu un signe de votre enfant disparu, que oui, vous êtes très certainement sorti de votre corps durant le viol dont vous avez été victime et que d’ailleurs, il existe une thèse de médecine sur le sujet de la décorporation dans le phénomène prostitutionnel qui “scientifise” cela, qu’il est normal de vous sentir mal dans certains lieux et de sentir que vous n’y êtes pas bien accueilli, d’avoir l’intuition que quelque chose va se passer, de sentir qu’une force surhumaine est venue vous aider et vous soutenir, que définitivement il y a des choses que vous ne voyez pas mais que vous ressentez et qu’elles sont bien réelles et que oui, si vous avez du traverser tout cela et que vous n’en êtes pas mort.e c’est que vous avez vécu une expérience unique pour vous permettre de vous transcender à vous même, de vous transformer, d’agir plus que jamais dans cette vie que vous avez choisi.

Les traumatismes sont une expérience intime et spirituelle. Leur guérison est le chemin initiatique vers plus d’amour de soi.